LES TRAMES

Dentelles noires accrochées au ciel

Résilles ajourées capturées

Un filet d'arbres apparait

Une zébrure plus qu'une présence

Un passage, un trait.

Et l'horizon de nouveau...

Un sursaut anthracite

Presque ambré d'une lueur

D'un soleil couché bientôt.

Magnétiques vibrations d'une danse électrique ensorcelante

S'interrompent puis recommencent ses figures, ses arabesques

Tentaculaires, vives

Mais parcellées, griffonnées, grisaillées.

La cadence s'est emballée vrillant la trame

En de simples et amples rais

Brefs, hachurés

Une lumière de plus en plus épurée.

J'aime le poids du temps

Qui imprime sa force,

Ténu mais acéré,

Un coup d'épée dans les cimaises.

J'aime ces intervalles

Entre l'avant et l'après

Ces déflagrations saisissantes de vérité.

Nathalie Albaladejo

Texte écrit et réalisé pour un montage vidéo sur l'exposition "Transport Nocturne"

VOYAGE INTIME

Brièveté et fulgurance,

un éclair zébré aspiré en son élan

s'évanouit

perdu dans l'absolu

inscrit à tout jamais en mon coeur palpitant.

Arme fatale,

crève l'opacité de ces longues errances,

avive un feu latent,

opère sa délivrance.

Mais pas que le coeur,

la chair, les tissus, les yeux, les os,

un corps entier en mutation.

Et l'esprit...

habité par ses visions,

affolé par l'immensité des possibles,

de la myriade des sentiers à parcourir,

emprunte à l'araignée sa patience méthodique

et tisse une toile.

Errant dans la suspension des heures blanches,

prêt à bondir dans l'ouverture qui se profile,

pousse les portes une à une

et plonge dans la matière,

nage dans les encres,

glisse sur les parois des feuilles vierges,

cherche les rugosités,

provoque les accroches, les accidents

et les dénouements heureux.

Et puis l'eau... 

couleur pourpre charriant ses sentiments,

afflue, enragée comme un lion en cage,

en ces sinueux boursouflements violacés à ma peau

et tambourine à la porte de mon coeur.

L'eau claire de ma plume s'engage dans les noirs de l'encre

et diffuse ses dentelles, ses arabesques délicates,

créant un monde dans un monde,

une proposition dans l'espace,

comme chaque arbre en ses feuilles évoque une trame,

un réseau de nervures.

L'eau ambrée de mon thé

coule dans ma gorge,

décante dans le fond de la tasse sa poudre de tanins,

parsème quelques aplats rehaussés ainsi,

parés d'étoiles.

L'eau mène un combat avec la densité des pâtes colorées et grasses

qui dirigent ses courbes,

comme le feraient les canaux dans les marécages,

les chemins tortueux dans la mangrove.

L'eau qui gonfle mon pinceau

a quelque chose d'animal.

Dans sa nature à s'infiltrer, s'insinuer, couler

elle garde sa qualité intrinsèque, son statut,

sa force, sa faiblesse.

Elle peut imprimer un passage étonnement irisé

et s'enorgueillir de splendeur

comme elle peut noyer la subtilité de traits à l'agonie à son contact.

De las abus, elle peut même crever les fibres d'une cellulose malmenée.

L'eau, mon amie, j'aime me laisser porter par ton courant,

j'aime les accents lourds et opaques que tu offres parfois

et les cascades aux longs débordements qui entraînent les pigments

dans une folle course à la beauté éphémère.

L'eau de ma sève rejoint le flux des océans,

s'emporte comme lui.

L'eau des sources souterraines sombre et fraîche

évapore les perles de sel

dans une alchimie mystérieuse.

L'eau est ce lien,

le véhicule vivant de mon voyage intime,

la brume de mes larmes,

la buée de mon feu intérieur,

les sucs de mon être transfiguré en un rêve impatient.

Nathalie Albaladejo